Enseignement bilingue : ce que les parents doivent vraiment savoir

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Enseignement bilingue : ce que les parents doivent vraiment savoir

Haut-Lac School - Students reading in French and English in Swizterland

Résumé : On pense souvent qu’un enfant bilingue est un enfant plus intelligent. La recherche ne le confirme pas. Nous avons interrogé une spécialiste basée à Oxford, le Dr Eowyn Crisfield, pour comprendre ce qui se vérifie vraiment : les bénéfices du bilinguisme touchent moins l’intelligence que le langage et le lien aux autres. Un enfant élevé dans deux langues apprend plus vite les suivantes, et grandit avec une aisance naturelle à passer d’un monde à l’autre.

Avant d’aller plus loin, quatre choses à retenir :

  • Le cerveau bilingue ne bascule pas d’une langue à l’autre : il en baisse une pendant qu’il monte l’autre. Le contrôle exécutif est sans cesse sollicité.
  • Il n’existe pas de modèle bilingue universel. Chaque école doit composer avec les enfants qu’elle accueille, pas avec un programme plaqué de l’extérieur.
  • La langue maternelle pèse plus lourd qu’on ne le croit : la négliger, c’est aussi fragiliser la nouvelle langue.
  • Ne forcez rien. Un enfant qu’on pousse vers une langue qui ne lui dit rien n’en tire pas grand-chose.

Élever un enfant dans plus d’une langue n’a rien d’évident. Beaucoup de parents vous diront que le résultat ne semble jamais garanti.

Chez Haut-Lac École Internationale Bilingue, nous avons voulu creuser la question avec le Dr Eowyn Crisfield, spécialiste de l’acquisition du langage et de l’enseignement bilingue, Honorary Norham Fellow à l’Université d’Oxford. Que dit vraiment la recherche ?

Sa conclusion tient en une phrase : il n’y a pas de formule magique pour réussir le bilinguisme. En revanche, on sait précisément ce qu’il apporte à un enfant, comment il opère, et de quelle manière parents et écoles peuvent l’accompagner au mieux.

Quels sont les vrais bienfaits de l’enseignement bilingue ?

Le Dr Crisfield range les bénéfices du bilinguisme en trois familles : cognitifs, linguistiques et sociaux. Ce sont les bénéfices cognitifs qui font le plus parler d’eux en ligne, et on a tendance à les gonfler. Rien ne prouve qu’un enfant bilingue soit, de ce seul fait, plus intelligent.

Certaines études suggèrent tout de même que le bilinguisme entretient une forme de souplesse mentale, et que les adultes ayant grandi dans deux langues en gardent des traces plus tard dans leur vie. Mais on ignore encore à partir de quel seuil de bilinguisme ces effets se manifestent. C’est pour cette raison que le Dr Crisfield recommande aux parents de laisser cet argument de côté.

Les bénéfices linguistiques et sociaux, eux, reposent sur des bases bien plus solides. Un enfant exposé à deux langues dès son plus jeune âge apprendra plus facilement une troisième langue à l’âge adulte. Une compétence qui vaut cher sur la durée, quand on sait combien il est difficile de deviner le chemin qu’empruntera la vie d’un enfant.

Côté social, l’enfant bilingue apprend tôt à se faire comprendre de tous. Il joue souvent les intermédiaires entre des adultes qui ne se comprennent pas, et change de langue selon la situation presque sans y penser. Le Dr Crisfield y voit le bénéfice le plus précieux de tous : une ouverture aux autres, une facilité à aller vers ce qui est différent, construite dès l’enfance au contact de la différence.

Comment fonctionne réellement un cerveau bilingue ?

On parle souvent d’un bilingue qui « bascule » d’une langue à l’autre. L’image est trompeuse. Dans un cerveau bilingue, les deux langues restent actives en permanence, explique le Dr Crisfield. Ni interrupteur, ni bouton : plutôt un variateur, où une langue prend le dessus pendant que l’autre s’efface, sans jamais disparaître tout à fait.

Le phénomène ne touche pas que le choix des mots : il façonne aussi la construction des phrases. Un vrai travail de fond pour le contrôle exécutif, cette capacité qui nous fait parler la bonne langue au bon moment, sans même y réfléchir.

Language learning at Haut-Lac school in Vaud, Switzerland

Le bilinguisme change-t-il qui l’on est ?

Nombre de bilingues ont l’impression de ne pas être tout à fait la même personne selon la langue qu’ils parlent. Le Dr Crisfield ne fait pas exception : elle se sent différente en français et en anglais, et même selon le français qu’elle parle : plus chaleureuse en québécois, plus réservée dans sa version hexagonale.

Ce n’est pas un hasard de langue, mais un effet de la culture qui l’accompagne : les amitiés qu’on s’est faites, les émissions qu’on a regardées, les habitudes du quotidien. Grandir en bilingue, dit-elle, c’est vivre une culture depuis l’intérieur, pas seulement la regarder passer.

Existe-t-il un modèle idéal pour l’enseignement bilingue ?

Non, et le Dr Crisfield n’a aucun doute là-dessus. Les écoles lui demandent sans arrêt quel modèle suivre. Sa réponse ne varie jamais : tout dépend des enfants qu’on a en face de soi. Un modèle pensé pour des enfants qui parlent déjà l’une des deux langues d’enseignement peut, à l’inverse, pénaliser lourdement celui qui n’en parle aucune.

C’est le principe qui guide notre programme bilingue à Haut-Lac. Un enfant qui arrive sans bases solides en anglais ou en français commence par consolider l’anglais, puis rejoint le programme bilingue une fois qu’il tient debout dans au moins une langue. Plutôt que de l’exposer à deux langues inconnues à la fois dès le premier jour. Le Dr Crisfield résume le risque en une image : des mathématiques en anglais un jour, en français le lendemain, dans deux langues encore fragiles, et c’est le double apprentissage qui en pâtit.

Qu’est-ce qui complique l’enseignement bilingue dans les écoles internationales ?

Une école internationale affronte une complexité que la plupart des systèmes nationaux ignorent. Les enfants y arrivent avec des profils linguistiques très disparates, et beaucoup repartent après un an ou deux, en cours de scolarité. Un programme bilingue doit vivre avec ce mouvement permanent, et rester capable d’accueillir chaque enfant là où il en est.

Comment les écoles accompagnent-elles les enfants qui apprennent dans une nouvelle langue ?

Pour le Dr Crisfield, tout part du curriculum, pas d’un soutien ajouté après coup. Une école qui accueille beaucoup d’élèves en apprentissage linguistique a besoin d’un programme pensé pour cette réalité dès le départ, pas d’un cursus importé auquel on greffe de l’aide plus tard.

Un bon curriculum enseigne le contenu et la langue en même temps. L’enfant apprend sa leçon et la langue qui la porte au même rythme ; l’un n’attend jamais l’autre.

French lesson in secondary at Haut-Lac school in Switzerland

Pourquoi la langue maternelle compte-t-elle autant ?

La recherche est claire sur un point : la langue maternelle d’un enfant et sa réussite dans les langues suivantes s’influencent mutuellement, et ce dès le plus jeune âge. Un enfant à l’aise à l’oral dans sa première langue apprendra en général plus facilement l’anglais ou le français qu’un enfant qui peine déjà dans la sienne.

Le lien tient bon jusqu’au bout de la scolarité. Un adolescent qui lit et écrit bien sa langue maternelle réussit aussi mieux dans la langue de l’école. On ne peut pas abandonner la langue où un enfant est le plus solide en espérant qu’une autre prenne sa place sans dommage. Dans les faits, c’est souvent les deux qui en pâtissent.

Quel avenir pour l’enseignement bilingue ?

L’enseignement bilingue n’a rien d’une mode récente. Il existe depuis des décennies un peu partout dans le monde, mais il a mis du temps à s’installer dans les pays anglophones et une bonne partie de l’Europe de l’Ouest. Les choses bougent.

Le Canada pratique l’immersion en français depuis la fin des années 1960, rappelle le Dr Crisfield, et les États-Unis proposent de l’immersion espagnol-anglais depuis tout aussi longtemps. En Europe, de plus en plus de pays intègrent une forme de bilinguisme à leur école publique, et les écoles internationales voient grandir la demande des familles pour des programmes qui vont au-delà du tout-anglais.

Que peuvent faire les parents ?

Tout commence par la langue maternelle, selon le Dr Crisfield. Les langues parlées à la maison méritent un vrai plan, avant même que l’école n’en ajoute une troisième ou une quatrième. On ne renonce pas du jour au lendemain à la langue qu’un enfant parle depuis sa naissance en espérant qu’une autre prenne le relais sans accroc : le chemin déjà parcouru avec chaque langue compte.

Elle insiste surtout sur un point : un enfant n’est pas une éponge qui absorbe les langues sans effort. Certains apprennent vite. D’autres travaillent dur pour chaque langue qu’ils acquièrent. Poussez un enfant réticent vers une langue qui ne lui dit rien, et il n’en tirera pas grand-chose. Au fond, son conseil tient en une phrase : rester parent d’abord, penser aux langues ensuite.

Haut-Lac Alumna
Emma Dowou
Communications Haut-Lac

À propos du Dr Eowyn Crisfield

Le Dr Eowyn Crisfield est spécialiste de l’acquisition du langage, de l’enseignement bilingue et du plurilinguisme à l’école. Elle travaille avec des écoles du monde entier sur l’apprentissage des langues, et avec des familles sur leur politique linguistique. Honorary Norham Fellow au département de l’Éducation de l’Université d’Oxford, elle y contribue à des projets sur l’anglais langue additionnelle et la formation des enseignants. Elle a écrit Bilingual Families: A Practical Language Planning Guide.

Cette conviction est au cœur du programme bilingue de Haut-Lac. Nous le construisons autour des enfants réellement inscrits chez nous, pas autour d’un profil rêvé.

Pour découvrir l’approche de Haut-Lac en matière d’enseignement bilingue, direction notre site, ou contactez le service des admissions pour venir en discuter.

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