Chaque année, on me demande, à moi qui enseigne la géographie au secondaire à Haut-Lac École Internationale Bilingue™, de définir cette matière à des élèves sur le point d’entamer les programme de l’IB.
Et chaque année, ma réponse est à peu près la même :
La géographie, c’est du lien.
C’est apprendre à voir les fils invisibles qui rattachent les choses entre elles. Rien n’existe en vase clos, tout agit sur le reste. C’est aussi accepter que nous vivons dans un monde en nuances de gris, où les réponses faciles sont rares.
Elle nous demande de regarder plus loin que l’évidence et de ne pas ranger le réel dans des cases bien nettes : l’environnement ici, l’économie là, la société plus loin. Elle nous oblige à comprendre comment ces éléments interagissent et redessinent sans cesse les systèmes dans lesquels nous vivons.
Difficile de tout faire tenir sur une seule diapositive.
Qu’est-ce que la géographie ? La réponse m’est venue au Villars Institute
Il y a deux semaines, j’ai passé une journée au Villars Institute avec un groupe d’acteurs de l’éducation. Nous y avons exploré la manière de faire entrer la pensée systémique dans l’enseignement et dans les programmes, ainsi que les raisons pour lesquelles certains des plus grands employeurs du monde y voient désormais l’une des compétences d’avenir les plus précieuses.
C’est là que j’ai trouvé une nouvelle définition de ma matière :
La géographie, c’est la pensée systémique.
La pensée systémique, au cœur de nos cours de géographie IB
À Haut-Lac™, cette façon de voir est déjà au cœur de notre enseignement de la géographie dans le cadre du Baccalauréat International, en PEI comme en DP. Nous apprenons à nos élèves à aborder les problèmes (ou plutôt les défis, comme nous préférons dire) comme des systèmes. On ne touche pas à un élément d’un système sans que le reste s’en ressente. Il n’existe ni solution parfaite ni réponse miracle, et rarement d’issue où tout le monde sort gagnant.
Prenez la mondialisation, le changement climatique, la consommation des ressources, l’urbanisation, les migrations, les inégalités. On croirait autant de sujets séparés. Il n’en est rien : ce sont des manifestations différentes de systèmes interconnectés. Alors, au lieu de demander « Quelle est la solution ? », nous demandons « Comment ce système fonctionne-t-il, et comment pouvons-nous l’influencer ? »
Nous classons. Nous étiquetons. Nous séparons. Or la vie réelle franchit sans cesse ces frontières. Le but n’est pas de dénicher l’unique solution parfaite, mais de comprendre le système assez finement pour savoir où intervenir. Parfois, il faut jouer sur plusieurs échelles. Parfois, renforcer les boucles de rétroaction bénéfiques et affaiblir celles qui nuisent. Parfois, admettre qu’il y aura des gagnants et des perdants, et que la meilleure option est simplement celle qui fait plus de bien que de mal.
Penser ainsi demande bien plus d’efforts. C’est aussi bien plus fidèle à la réalité.
Sur quoi planchent nos élèves du secondaire en géographie IB
Ces derniers temps, mes élèves se sont penchés sur des questions comme celles-ci :
- Comment agir face à la consommation d’eau de Coca-Cola en Inde ?
- Comment gérer les conflits que provoque la contre-urbanisation dans les petits villages ruraux ?
- Que peut-on faire pour aider les réfugiés climatiques ?
Et ils en reviennent toujours à la même conclusion : on a affaire à un système. Plus ils creusent, plus le tableau se complique, et c’est précisément le but.
Pourquoi le monde est plus compliqué qu’une montre suisse
Comme nous l’avons dit à Villars ce jour-là, c’est plus compliqué qu’une montre suisse.
La pensée systémique peut déstabiliser. Elle nous prive de la certitude que nous aimerions parfois donner à nos élèves, celle d’une réponse simple, d’une cause unique, d’une solution parfaite. Le monde est désordonné. Mais c’est peut-être justement à cela que l’éducation devrait les préparer.
Une montre suisse a beau être d’une complexité incroyable, ses pièces ont été conçues pour fonctionner ensemble de manière prévisible. Les systèmes dont hériteront nos élèves, eux, sont ouverts : ils font intervenir des personnes, des écosystèmes, des économies, des cultures, des technologies et des institutions. Ils évoluent, ils s’adaptent et, parfois, se comportent d’une façon que personne n’avait prévue.
Préparer les élèves à un monde sans réponse parfaite
Nous ne sommes pas là pour distribuer une boîte de réponses toutes faites, mais pour donner aux élèves les compétences d’avenir qui leur permettront de comprendre la complexité et de saisir que, lorsque nous intervenons sur une partie d’un système, c’est tout le système qui peut réagir.
Ma réponse à la question « Qu’est-ce que la géographie ? » est peut-être enfin devenue plus simple :
La géographie, c’est la pensée systémique.
Et ça, ça tient sur une seule diapositive.
Inmaculada De Pablos Tegedo
Professeure de géographie en PEI et en DP
Haut-Lac École Internationale Bilingue™